Plan maïs : la Ngounié et la Nyanga face à l’échec annoncé d’une ambitieuse stratégie agricole

La relance de l’agriculture vivrière est un objectif central pour le Gabon, qui cherche à réduire sa dépendance aux importations alimentaires et à renforcer la sécurité alimentaire. Dans ce cadre, le Plan maïs, initié par le ministère de l’Agriculture, promettait une transformation rapide des provinces rurales, notamment la Ngounié et la Nyanga. Mais à l’heure actuelle, les indicateurs sur le terrain montrent des résultats mitigés, voire inquiétants.

Dans la Ngounié, les plantations soutenues par le gouvernement, notamment dans le département de Louetsi-Wano, révèlent des difficultés structurelles. Les coopératives locales ont reçu des semences et du matériel agricole, mais plusieurs problèmes compromettent la réussite du plan. Tout d’abord, le calendrier des pluies, variable et parfois tardif, a perturbé les semis. Ensuite, le manque de formation technique pour les paysans a entraîné des erreurs dans la plantation et l’entretien des champs. Enfin, l’acheminement des intrants vers les villages isolés reste problématique : routes dégradées, moyens de transport insuffisants, coût élevé pour les coopératives.

Les témoignages sont parlants. Dans le village de Lé bamba, un responsable de coopérative explique : « Nous avons reçu nos semences en septembre, mais faute de tracteurs et d’engins, nous avons planté à la main. Le rendement prévu est très loin de ce qu’on nous avait promis. » Les familles paysannes craignent que cette année soit encore déficitaire, malgré les promesses officielles de rendement élevé. Les recettes attendues sont réduites, et certaines coopératives ont déjà dû contracter des dettes pour financer le transport et la préparation des sols.

En Nyanga, la situation n’est guère meilleure. Les projets agricoles financés par l’État et des partenaires techniques internationaux peinent à atteindre leur objectif de transformation. Le manque d’infrastructures de stockage et de transformation constitue un frein majeur : les récoltes de maïs, souvent éparpillées dans des sacs de fortune, sont vulnérables aux intempéries et aux vols. L’absence de routes carrossables vers les marchés augmente le coût et la perte de production, décourageant les paysans. Selon une enquête locale, près de 30 % de la production pourrait être perdue avant d’atteindre les consommateurs, rendant l’autosuffisance alimentaire illusoire pour la province.

Le Plan maïs souffre également de problèmes institutionnels. La coordination entre le ministère, les directions provinciales et les coopératives est souvent défaillante. Les subventions et équipements arrivent avec retard, et le suivi des performances agricoles est insuffisant. Les inspections ponctuelles effectuées par les services du ministère ne permettent pas de détecter les problèmes avant qu’ils ne deviennent critiques. De nombreux responsables locaux alertent : « Sans un vrai suivi, ces initiatives resteront des annonces politiques plus que des actions concrètes. »

Les jeunes agriculteurs, censés constituer une nouvelle génération dynamique dans ces provinces, font face à des obstacles supplémentaires. Faute de formation moderne, d’accès au financement et de perspectives de marché, beaucoup abandonnent l’agriculture pour chercher des opportunités dans les centres urbains ou dans le secteur pétrolier. Cela crée un cercle vicieux : moins de paysans actifs, moins de production, et un plan qui peine à atteindre sa masse critique.

Le Plan maïs avait aussi un objectif stratégique : réduire la dépendance alimentaire vis-à-vis des importations. Avec la croissance démographique et l’urbanisation, la demande alimentaire augmente. Le retard dans la production locale oblige le Gabon à continuer d’importer une grande partie du maïs consommé, ce qui alourdit la facture pour les ménages et pour l’État.

Malgré ces difficultés, certains signes montrent que l’initiative peut encore produire des résultats. Des coopératives bien organisées, souvent aidées par des ONG, commencent à adopter des techniques plus modernes : rotation des cultures, irrigation ciblée, fertilisation raisonnée. Dans quelques villages de la Ngounié, les premières récoltes prometteuses ont donné un rendement supérieur à la moyenne locale, prouvant que le potentiel existe. Mais pour que cela devienne une réussite généralisée, il faudra renforcer le suivi technique, améliorer les infrastructures et garantir la continuité des aides gouvernementales.

L’échec apparent du Plan maïs n’est pas seulement un problème technique ou logistique : il reflète une tension entre ambitions politiques et réalités du terrain. Pour que le Gabon atteigne ses objectifs de sécurité alimentaire, il ne suffit pas d’annoncer des semences et des tracteurs : il faut une stratégie globale, incluant formation, logistique, financement et suivi efficace. Sans cela, les provinces rurales resteront vulnérables, et le pays continuera à dépendre de l’extérieur pour son alimentation de base.

En conclusion, la Ngounié et la Nyanga illustrent les défis majeurs du Gabon en matière de développement rural. Le Plan maïs, bien qu’ambitieux, met en lumière les lacunes structurelles de l’agriculture nationale : infrastructures, encadrement, coordination institutionnelle et sécurité alimentaire. Pour transformer ces provinces en véritables hubs agricoles et assurer la souveraineté alimentaire, il faudra dépasser les annonces et construire une politique agricole réaliste, durable et adaptée aux réalités locales.

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