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Dette publique : un fardeau qui ne cesse de croître

Le défi des finances publiques au Gabon s’impose avec acuité en 2025. D’après un rapport de Banque mondiale (BM), la dette publique gabonaise qui s’élevait à environ 12,8 milliards de dollars fin mars 2025 pourrait dépasser les 86 % du PIB d’ici 2027.

Ce niveau dépasse de loin les critères de convergence de la zone CEMAC, fixés à 70 %, et fait craindre un étau financier durable pour l’État.

Le problème n’est pas seulement l’encours : c’est la pression croissante du service de la dette. Au premier trimestre 2025, le montant dédié au remboursement de la dette a atteint 700,9 milliards FCFA, contre 379,5 milliards la même période en 2024 une hausse de près de 85 %.

Ce service très lourd réduit d’autant les marges de manœuvre pour les dépenses sociales, les investissements ou même le fonctionnement normal de l’État.

« Opération Mouele » : un répit ou une simple respiration ?

Pour prévenir l’asphyxie budgétaire, l’État a lancé une vaste opération de restructuration de la dette appelée « Mouele ». L’objectif : mobiliser des ressources nouvelles et rééchelonner les créances existantes. Cette opération a permis de mobiliser 1 403 milliards FCFA un effort jugé « significatif » par les autorités.

La stratégie se décline en trois volets : le reprofilage de titres publics (≈ 592 milliards FCFA), la titrisation de créances bancaires hors marché (≈ 473 milliards), et la mobilisation de nouvelles ressources (≈ 338 milliards) pour apporter de la liquidité immédiate.

En apparence, l’opération redonne un peu de souffle à la trésorerie de l’État. Mais en réalité, elle représente surtout un report : les échéances ne disparaissent pas, elles sont simplement remises à plus tard.

Ce type de manœuvre peut être salutaire si elle s’accompagne de réformes structurelles, d’une augmentation des recettes, et d’une gestion rigoureuse. Dans le cas contraire, le pays risque de crouler à nouveau sous le poids des remboursements potentiellement plus lourds, si les intérêts augmentent ou si les recettes stagnent.

Pression sur le budget 2026 : le service de la dette engloutit la moitié des recettes

Le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) prévoit d’allouer 1 050 milliards FCFA au service de la dette une proportion très élevée en regard des recettes totales estimées à 4 327,5 milliards FCFA.

La ventilation budgétaire montre que 720 milliards FCFA visent le remboursement de la dette extérieure, le reste (≈ 330 milliards) couvrant la dette intérieure.

Cet effort important de désendettement est vertueux sur le plan de la soutenabilité mais il laisse peu de marge pour d’autres priorités : infrastructures, santé, éducation, services sociaux… Dans un contexte où l’État ambitionne une relance économique, cela constitue un véritable risque.

Audit, assainissement et transparence : le pari de l’État

Reconnaissant les failles de l’ancienne gestion, le gouvernement a annoncé des mesures d’audit et d’assainissement des finances publiques. Parmi elles : la suppression des ordonnances en instance de paiement antérieures à 2023, souvent liées à des marchés publics suspectés de surfacturation ou d’irrégularités.

L’idée est de repartir sur des bases plus saines, d’éviter les dettes illégitimes et d’instaurer plus de discipline budgétaire. À travers ces efforts, Libreville souhaite regagner la confiance des partenaires financiers et rassurer les investisseurs internationaux.

Mais pour que cet assainissement soit crédible, il faudra qu’il soit irréversible c’est-à-dire qu’il ne se limite pas à des opérations ponctuelles, mais s’inscrive dans une réforme durable de la gouvernance, du recouvrement des recettes, et des dépenses publiques.

Les risques à l’horizon : dépendance, fragilité et rehaussement de la dette

Plusieurs signaux sont alarmants :

Le poids de la dette reste élevé, et les remboursements massifs prévus risquent de consommer une grande partie du budget.

Le rehaussement de la dette pourrait se poursuivre si l’État recourt à de nouveaux emprunts pour financer ses investissements. Selon certaines projections, la dette publique pourrait atteindre 90 % du PIB d’ici fin 2026, ce qui paraîtrait peu soutenable.

La note souveraine dégradée du Gabon, combinée à la méfiance des investisseurs internationaux, pourrait rendre l’accès aux financements plus coûteux et plus difficile.

Enfin, en cas de chocs externes baisse des cours du pétrole, recul des exportations, instabilité des recettes l’État pourrait se retrouver piégé, contraint de réduire les dépenses publiques ou d’augmenter les impôts.

Ce qu’il reste à faire : réformes structurelles, diversification, transparence

À court terme, l’opération « Mouele » offre un répit, mais ce n’est pas une solution de long terme. Pour stabiliser durablement les finances publiques, plusieurs chantiers s’imposent :

Diversification de l’économie : viser moins de dépendance au pétrole, développer les secteurs minier, forestier, agricole, services…

Amélioration de la mobilisation des recettes : lutte contre l’évasion fiscale, modernisation de l’administration fiscale, meilleure collecte des impôts et taxes.

Réforme des dépenses : rationalisation des dépenses publiques, priorisation des investissements productifs, réduction des gaspillages.

Transparence et redevabilité : audit régulier, publication des comptes, contrôle citoyen et des partenaires internationaux pour éviter les dérives.

Plan de croissance économique réaliste : avec des hypothèses prudentes, loin des projections optimistes souvent irréalistes.

Le Gabon est à un tournant délicat. L’effort qu’il fournit aujourd’hui pour restructurer sa dette est louable mais fragile. Si les promesses d’assainissement ne sont pas suivies de réformes profondes, l’État risque de retomber dans le piège de l’endettement. À l’inverse, s’il parvient à diversifier l’économie, renforcer la gouvernance et mobiliser efficacement ses ressources, il pourra transformer une crise en opportunité, et poser les bases d’une stabilité durable.

Ce pari exige rigueur, volonté politique, ouverture à la société civile et patience mais il est peut-être la condition pour un avenir moins dépendant, plus souverain, pour le Gabon.

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