
Dans de nombreuses villes et villages du Gabon, la jeunesse partage un même sentiment : celui d’être en attente. Attente d’un emploi, d’une opportunité, d’un déclic. Mais cette attente ne se vit pas de la même manière à Libreville, à Oyem, à Moanda ou à Ndjolé.
Dans les provinces, les jeunes terminent souvent leurs études avec une question immédiate : partir ou rester. Rester signifie composer avec un marché du travail étroit, souvent dominé par le secteur informel. Partir, c’est tenter sa chance ailleurs, parfois sans garantie, parfois au prix d’une rupture familiale.
À Franceville et Moanda, la présence industrielle a longtemps nourri des espoirs. Mais l’automatisation, la sous-traitance et la limitation des recrutements ont réduit les perspectives. Les jeunes formés localement se retrouvent face à des exigences d’expérience qu’ils ne peuvent satisfaire. Le paradoxe est cruel : être qualifié sans être employable.
Dans le Woleu-Ntem, l’agriculture pourrait être une alternative, mais elle souffre d’un déficit de valorisation. Les jeunes perçoivent le travail de la terre comme pénible, peu rentable, peu reconnu. Faute d’accompagnement, d’accès au financement et aux marchés, les initiatives individuelles peinent à durer.
À Port-Gentil, hors du secteur pétrolier, les opportunités se raréfient. Les jeunes s’orientent vers des activités de survie : petits commerces, transport informel, services occasionnels. La créativité est là, mais elle manque de cadres pour se structurer et grandir.
L’absence de loisirs et d’espaces d’expression accentue le malaise. Dans de nombreuses localités, il n’existe ni centre culturel, ni terrain aménagé, ni lieu de formation continue. L’ennui s’installe, parfois accompagné de comportements à risque. La jeunesse ne manque pas d’énergie, mais elle manque de perspectives visibles.
Les discours officiels sur l’entrepreneuriat atteignent difficilement le terrain. Monter une activité suppose des démarches administratives, un capital de départ, une stabilité minimale. Autant d’éléments hors de portée pour beaucoup. Les rares programmes existants sont souvent mal connus ou jugés inaccessibles.
Pourtant, des jeunes s’accrochent. Ils créent des associations, lancent des projets agricoles, culturels ou numériques avec peu de moyens. Ces initiatives montrent que le problème n’est pas l’absence de volonté, mais l’absence d’écosystème favorable.
La jeunesse gabonaise ne demande pas des privilèges. Elle demande des chemins clairs, des règles lisibles, des opportunités réparties sur l’ensemble du territoire. Tant que grandir au Gabon impliquera de quitter sa province pour espérer réussir, le pays continuera de perdre une partie de son énergie la plus précieuse.


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