
Au Gabon, tomber malade n’a pas la même signification selon l’endroit où l’on vit. À Libreville ou Port-Gentil, la question est souvent celle du coût. Ailleurs, dans de nombreuses localités de l’intérieur, la première question est plus brutale : où se faire soigner, et comment y arriver.
Dans le Nyanga, certains villages dépendent encore d’un dispensaire tenu par un infirmier seul. Pas de médecin, peu de médicaments, parfois pas d’électricité. Les urgences sont gérées avec les moyens du bord. Une crise grave devient une course contre le temps, et souvent contre l’état de la route. Quand la saison des pluies s’installe, évacuer un patient peut prendre des heures, voire être impossible.
Dans l’Ogooué-Ivindo, la distance est un facteur central. Les populations doivent parfois parcourir des dizaines de kilomètres en pirogue ou sur des pistes dégradées pour atteindre un centre de santé. Les femmes enceintes sont particulièrement exposées. Beaucoup accouchent à domicile, non par choix culturel, mais par contrainte logistique. Les complications deviennent alors dramatiques.
Les hôpitaux départementaux, quand ils existent, sont souvent confrontés à un manque chronique de personnel. Des médecins affectés ne restent pas toujours. L’isolement, le manque d’équipements, les conditions de travail difficiles pèsent lourd. Ceux qui restent font face à une pression constante, devenant à la fois soignants, gestionnaires et parfois psychologues.
Dans le Moyen-Ogooué, certains centres de santé ont vu leur fréquentation chuter non parce que les populations vont mieux, mais parce qu’elles ont perdu confiance. Ruptures de stocks de médicaments, pannes d’équipements, délais d’attente interminables. Les patients se tournent alors vers l’automédication ou les tradipraticiens, faute d’alternative accessible.
La santé maternelle et infantile révèle crûment les inégalités territoriales. Là où les suivis prénataux sont réguliers, la mortalité baisse. Là où ils sont inexistants, les chiffres restent silencieux, mais les drames sont connus de tous. Une mère, un nourrisson, une famille entière affectée.
Les campagnes de santé publique atteignent difficilement certaines zones.
Vaccination, sensibilisation, dépistage : tout dépend de la capacité à atteindre les populations. Quand les équipes ne peuvent pas se déplacer, les maladies évitables continuent de circuler. La géographie devient un facteur de vulnérabilité.
Pourtant, des solidarités locales existent. Dans certaines communautés, les villageois organisent des fonds de secours, des tours de garde, des systèmes d’alerte. Mais ces mécanismes pallient, ils ne remplacent pas un système structuré. La santé ne peut reposer uniquement sur la débrouille.
Penser la santé au Gabon impose de regarder les marges, les silences, les zones non couvertes. Se soigner ne devrait jamais dépendre de la distance à une capitale provinciale. Tant que ce sera le cas, l’inégalité sanitaire restera une réalité quotidienne pour une grande partie du pays.



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