
Le mercredi 7 janvier 2026, le paiement partiel des vacations dues aux enseignants et personnels vacataires du système éducatif gabonais a été enclenché. Une opération présentée comme un soulagement par l’administration, mais qui, dans les faits, a provoqué une onde de choc et une colère sourde au sein des bénéficiaires. Car au-delà du caractère tardif de ces paiements, les montants versés ont fini de convaincre les plus sceptiques : ce dossier est traité avec un mépris assumé.
Sur les relevés bancaires et les bons de caisse, les chiffres parlent d’eux-mêmes. 3 600 francs CFA pour certains. 950 francs CFA pour d’autres. Des montants si faibles qu’ils en deviennent presque insultants, au regard des semaines, parfois des mois de travail fournis. Surveillance d’examens nationaux, corrections de copies, participation à des jurys, enseignement assuré dans des classes surchargées : tout cela réduit à quelques billets symboliques, incapables de couvrir ne serait-ce qu’un déplacement urbain.
Pour de nombreux vacataires, la stupeur a rapidement laissé place à l’indignation. Comment expliquer qu’après des mois d’attente, après tant de promesses et de communiqués officiels, l’État gabonais verse moins de 1 000 francs CFA à certains de ses agents ? Comment justifier que des enseignants ayant travaillé sur plusieurs sessions d’examens se retrouvent avec des montants qui frôlent l’humiliation administrative ?
Ce paiement partiel, loin d’apaiser les tensions, les a ravivées. D’autant plus qu’il s’est accompagné, selon plusieurs témoignages concordants, de pressions directes et indirectes. Des messages appelant à la « patience », à la « responsabilité », voire à la discrétion, sous peine de voir les dossiers « ralentis » ou « réexaminés ». Une stratégie qui donne le sentiment que l’administration, incapable d’assumer ses manquements, préfère intimider ceux qui osent poser des questions légitimes.
Le caractère fragmentaire de ces paiements soulève de lourdes interrogations. Aucun détail officiel n’a été fourni sur les critères ayant conduit à ces montants dérisoires. Aucun tableau récapitulatif des arriérés. Aucun calendrier précis pour le paiement du reliquat. À la place, une opacité totale, renforçant l’impression d’un règlement improvisé, décidé dans l’urgence pour calmer une grogne devenue trop visible.
Depuis plusieurs années, les vacations constituent l’un des points noirs de la gestion éducative au Gabon. Le scénario est toujours le même : services faits, dossiers déposés, silence prolongé, relances ignorées, puis paiements tardifs, souvent incomplets. La pratique dite de la « queue de budget » est régulièrement invoquée pour expliquer ces retards. En réalité, elle sert surtout de paravent à une gestion défaillante et sélective des priorités budgétaires.
Les vacataires, eux, occupent le bas de l’échelle. Ils ne bénéficient ni de la sécurité des titulaires, ni de la visibilité contractuelle. Leur travail est indispensable, mais leur statut les rend facilement sacrifiables. Ces paiements deviennent alors le symbole brutal de cette hiérarchisation silencieuse : certains agents comptent, d’autres non.
Le plus préoccupant est que cette situation n’est pas un accident isolé. Elle est le produit d’un système. Chaque année, les mêmes dysfonctionnements se reproduisent, malgré les discours officiels sur la réforme de l’administration, la rigueur budgétaire et la valorisation du capital humain. Le principe du paiement après service fait, pourtant rappelé au plus haut niveau de l’État, reste lettre morte pour des milliers de vacataires.
Sur le terrain, les conséquences sont concrètes. Des enseignants racontent avoir contracté des dettes pour assurer leurs déplacements lors des examens. D’autres expliquent avoir financé eux-mêmes du matériel pédagogique, dans l’espoir d’un paiement ultérieur. Recevoir ces montants après de tels sacrifices est vécu comme une négation pure et simple de leur travail.
Cette situation pose une question fondamentale : comment l’État peut-il exiger rigueur, professionnalisme et engagement de ses agents, tout en leur opposant désinvolture et mépris lorsqu’il s’agit de les rémunérer ? Comment parler de refondation administrative quand des paiements aussi dérisoires sont effectués sans explication ni transparence ?
Le paiement partiel des vacations du 7 janvier 2026 n’est pas une avancée. Il est un révélateur. Celui d’un système qui fonctionne sous contrainte permanente, qui traite les urgences sans jamais résoudre les problèmes de fond, et qui semble avoir normalisé l’idée qu’un enseignant puisse être payé à de telles sommes pour un travail pourtant essentiel au fonctionnement de la République.



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