Depuis plusieurs années, la question des internats publics occupe une place grandissante dans les débats sur l’avenir du système éducatif gabonais. Ce qui fut autrefois un modèle de discipline, d’excellence et de promotion sociale dans les années 70 et 80 est aujourd’hui devenu un ensemble de structures fragilisées, sous-équipées et souvent abandonnées à elles-mêmes. La réforme lancée par le ministère de l’Éducation nationale à partir de 2024 ambitionnait de redonner à ces lieux une identité, une sécurité et un cadre de vie propice à la réussite. Mais sur le terrain, le décalage entre les intentions et les réalités reste immense. Dans les neuf provinces, la situation demeure extrêmement contrastée, révélant des urgences différentes selon les territoires.
À Libreville, l’internat du lycée technique Omar Bongo, longtemps emblématique, symbolise aujourd’hui les défis nationaux : bâtiments vétustes, insuffisance de lits, absence de clôture sécurisée, manque d’encadrement spécialisé. Les élèves les plus motivés décrivent des dortoirs surpeuplés, parfois sans électricité après 23 heures, et la quasi-inexistence d’espaces d’étude dignes de ce nom. Le ministère a annoncé un plan de réhabilitation en trois phases, mais les travaux tardent à débuter en raison de lourdeurs administratives et d’un audit technique encore en cours. Le retard accumulé alimente l’incompréhension des parents, qui voient les coûts augmenter alors que la qualité régresse.
Dans l’Ogooué-Lolo, l’internat du lycée Jean Stanislas Migolet de Koula-Moutou fait face à une problématique différente : le manque chronique d’encadreurs. Sur les vingt postes d’éducateurs prévus, seuls six sont actuellement opérationnels. Le ratio élèves–encadreur dépasse parfois 60 pour 1, rendant tout suivi comportemental impossible. Une étude locale estime que 38 % des élèves internes quittent l’établissement avant la fin de l’année scolaire, principalement en raison de difficultés psychologiques, de conflits internes ou du manque de cadre. La réforme de 2024 prévoyait la création d’un corps national d’éducateurs d’internat, mais sa mise en œuvre ne s’est matérialisée que partiellement, faute de budget.
À Port-Gentil, le problème est plutôt d’ordre sanitaire. L’internat du lycée Raponda Walker souffre de l’absence de réseau d’eau stable, obligeant les élèves à stocker l’eau dans des bidons durant plusieurs jours. Les maladies hydriques y sont fréquentes, et les responsables d’établissement alertent le ministère depuis 2022 sans réponse concrète. La mairie, déjà submergée par d’autres priorités, peine à intervenir. Cette défaillance montre les limites de la gestion partagée entre le ministère, les collectivités locales et les directions d’établissements.
Dans le Haut-Ogooué, le lycée Michel Ndong de Franceville tente une expérimentation inspirée de modèles rwandais : instauration de clubs de soutien scolaire, internat semi-autonome géré en partie par un conseil des élèves, sanctions éducatives plutôt que disciplinaires. Les premiers résultats semblent encourageants : hausse de 11 % du taux de réussite, baisse notable des violences internes. Cependant, le modèle reste fragile : le financement dépend d’un partenariat temporaire avec une ONG, et la pérennisation de l’initiative est incertaine.
L’une des faiblesses les plus criantes de la réforme actuelle est l’absence de stratégie alimentaire unifiée. Dans certaines provinces comme la Ngounié, les internats fonctionnent encore avec un budget repas de 600 à 900 FCFA par élève et par jour, insuffisant pour garantir des repas équilibrés. Conséquence : menus répétitifs, carences alimentaires, et dans certains cas, les élèves achètent eux-mêmes de la nourriture supplémentaire, aggravant les inégalités entre familles. La question du financement reste au cœur des tensions : le ministère affirme avoir augmenté les dotations, mais les responsables locaux signalent que ces montants ne correspondent pas aux besoins réels ou arrivent en retard.
Le danger le plus préoccupant demeure l’insécurité. Dans l’Ogooué-Ivindo, l’internat du lycée Alexandre Sambat de Makokou a connu plusieurs intrusions nocturnes signalées par les élèves eux-mêmes. Faute de gardiennage et d’éclairage suffisant, les responsables sont incapables de garantir la sécurité des internes. La province, largement forestière et éloignée des axes de surveillance, est particulièrement vulnérable. Une mère témoigne : « Nous envoyons nos enfants à l’internat pour qu’ils étudient, pas pour qu’ils risquent leur vie. » Cet épisode illustre la nécessité d’intégrer les internats dans le plan national de sécurité scolaire, un projet encore à l’état embryonnaire.
Malgré les difficultés, plusieurs acteurs voient dans cette réforme une opportunité de refondation profonde. Des syndicats d’enseignants plaident pour la transformation des internats en “centres d’excellence provinciaux” avec gouvernance autonome et partenariats publics-privés. Certains économistes préconisent même la création d’une Agence nationale des internats publics, capable d’unifier budgets, recrutements et stratégies d’investissements. D’autres défendent la digitalisation progressive des internats : salles d’études connectées, plateformes numériques de suivi des élèves, caméras intelligentes pour renforcer la sécurité. Ces pistes pourraient redéfinir durablement le paysage éducatif gabonais, mais elles nécessitent une volonté politique claire et une vision financière solide.
La réforme des internats n’est pas seulement un dossier administratif. Elle touche à l’essence même de l’école gabonaise : égalité, chance, discipline, mérite. Avec les 9 provinces confrontées à des réalités très différentes, le gouvernement doit désormais choisir entre une réforme superficielle ou une refondation totale. Les élèves, eux, attendent. Et chaque année perdue est un sacrifice silencieux pour des milliers de familles.
À Libreville, l’internat du lycée technique Omar Bongo, longtemps emblématique, symbolise aujourd’hui les défis nationaux : bâtiments vétustes, insuffisance de lits, absence de clôture sécurisée, manque d’encadrement spécialisé. Les élèves les plus motivés décrivent des dortoirs surpeuplés, parfois sans électricité après 23 heures, et la quasi-inexistence d’espaces d’étude dignes de ce nom. Le ministère a annoncé un plan de réhabilitation en trois phases, mais les travaux tardent à débuter en raison de lourdeurs administratives et d’un audit technique encore en cours. Le retard accumulé alimente l’incompréhension des parents, qui voient les coûts augmenter alors que la qualité régresse.
Dans l’Ogooué-Lolo, l’internat du lycée Jean Stanislas Migolet de Koula-Moutou fait face à une problématique différente : le manque chronique d’encadreurs. Sur les vingt postes d’éducateurs prévus, seuls six sont actuellement opérationnels. Le ratio élèves–encadreur dépasse parfois 60 pour 1, rendant tout suivi comportemental impossible. Une étude locale estime que 38 % des élèves internes quittent l’établissement avant la fin de l’année scolaire, principalement en raison de difficultés psychologiques, de conflits internes ou du manque de cadre. La réforme de 2024 prévoyait la création d’un corps national d’éducateurs d’internat, mais sa mise en œuvre ne s’est matérialisée que partiellement, faute de budget.
À Port-Gentil, le problème est plutôt d’ordre sanitaire. L’internat du lycée Raponda Walker souffre de l’absence de réseau d’eau stable, obligeant les élèves à stocker l’eau dans des bidons durant plusieurs jours. Les maladies hydriques y sont fréquentes, et les responsables d’établissement alertent le ministère depuis 2022 sans réponse concrète. La mairie, déjà submergée par d’autres priorités, peine à intervenir. Cette défaillance montre les limites de la gestion partagée entre le ministère, les collectivités locales et les directions d’établissements.
Dans le Haut-Ogooué, le lycée Michel Ndong de Franceville tente une expérimentation inspirée de modèles rwandais : instauration de clubs de soutien scolaire, internat semi-autonome géré en partie par un conseil des élèves, sanctions éducatives plutôt que disciplinaires. Les premiers résultats semblent encourageants : hausse de 11 % du taux de réussite, baisse notable des violences internes. Cependant, le modèle reste fragile : le financement dépend d’un partenariat temporaire avec une ONG, et la pérennisation de l’initiative est incertaine.
L’une des faiblesses les plus criantes de la réforme actuelle est l’absence de stratégie alimentaire unifiée. Dans certaines provinces comme la Ngounié, les internats fonctionnent encore avec un budget repas de 600 à 900 FCFA par élève et par jour, insuffisant pour garantir des repas équilibrés. Conséquence : menus répétitifs, carences alimentaires, et dans certains cas, les élèves achètent eux-mêmes de la nourriture supplémentaire, aggravant les inégalités entre familles. La question du financement reste au cœur des tensions : le ministère affirme avoir augmenté les dotations, mais les responsables locaux signalent que ces montants ne correspondent pas aux besoins réels ou arrivent en retard.



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