Le Gabon, riche d’un sous-sol abondant en minerais (notamment le manganèse), cherche depuis plusieurs années à transformer ses ressources sur place plutôt que d’exporter le minerai brut. Dans un contexte de relance économique et de diversification, cette orientation apparaît comme l’un des piliers potentiels d’une industrialisation nationale.
Pourquoi miser sur le manganèse et les minéraux gabonais
Le manganèse est l’un des minerais les plus stratégiques du pays : demandé à l’international, utilisé dans l’industrie métallurgique et de l’acier, il représente une source importante de revenus si exploité intelligemment. En transformant sur place, le Gabon pourrait capter la valeur ajoutée, créer des emplois, développer des compétences locales, et diversifier son économie au-delà du pétrole et du bois.
Face à la volatilité des prix des matières premières et à l’incertitude des hydrocarbures, miser sur le minerai devient une stratégie de long terme : un pari sur l’industrie, l’emploi, la souveraineté économique.
Position officielle : priorité à la transformation locale
Les autorités gabonaises ont affiché clairement leur volonté de ne plus se contenter de l’exportation de minerai brut. La logique : industrialiser, retenir la valeur ajoutée, construire des usines, créer des emplois, et éviter la dépendance aux importations de produits transformés.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification mines, forêt-bois, transformation locale, industrie pour bâtir un modèle économique moins vulnérable aux fluctuations externes, et plus ancré sur le territoire.
Conditions, défis et obstacles
Cependant, la transformation locale du manganèse et d’autres minerais implique des défis majeurs :
- Investissements lourds : usines de traitement, infrastructures, logistique, énergie… Le coût initial est élevé, ce qui suppose des partenaires sérieux, des financements stables, des garanties à long terme.
- Infrastructures de soutien : transport, routes, électricité, main-d’œuvre qualifiée, chaîne de valeur locale. Sans un minimum d’infrastructures, le projet risque de rester lettre morte.
- Compétitivité : le marché international est concurrentiel. Pour que le métal gabonais transformé soit compétitif, il faut maîtriser les coûts, garantir la qualité ce qui peut être difficile dans un pays en développement.
- Gouvernance et transparence : sans cadre clair, des risques d’irrégularités, de corruption, de sous-traitance mal contrôlée, de bénéfices insuffisants pour l’État ou les populations.
- Environnement et durabilité : exploitation minière et transformation industrielle peuvent remettre en cause des enjeux environnementaux il faudra des normes strictes, des contrôles et un engagement écologique.
Opportunités si le cadre est respecté
Si les conditions sont réunies, le potentiel pour le Gabon est réel :
- Création d’emplois, montée en compétence d’une main-d’œuvre locale, développement de filières industrielles : métallurgie, sidérurgie, services associés ;
- Réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de produits finis ;
- Accroissement des recettes d’État via impôts, taxes, royalties, mais également valeur ajoutée locale ;
- Possibilité d’attirer des investissements étrangers sérieux, à condition de garantir transparence, stabilité et respect des normes ;
- Modernisation du tissu industriel national, diversification économique, développement territorial en particulier hors de la capitale.
Pourquoi le discours reste fragile attention aux illusions
À ce jour, malgré les proclamations politiques, peu de projets de transformation locale semblent réellement engagés, financés et prêts à démarrer ce qui laisse planer le doute sur la capacité du pays à concrétiser ses ambitions.
Sans stratégie claire, calendrier précis, garanties environnementales et sociales, l’idée de « transformation locale » risque de rester un slogan. Pire : en cas d’échec, le Gabon pourrait accumuler des dettes, subir des impacts environnementaux, et ne voir que peu de bénéfices réels.
Ce qu’il faudrait pour réussir
Pour que cette ambition devienne réalité, plusieurs conditions sont indispensables :
- Un cadre légal et réglementaire solide, clair, transparent, garantissant l’intérêt national, les droits des travailleurs, l’environnement ;
- Des partenariats sérieux et durables privés, publics, internationaux mais fondés sur la transparence, la responsabilité sociale et environnementale ;
- Des investissements publics et privés importants en infrastructures (routes, énergie, logistique), en formation, en gouvernance ;
- Un pilotage national strict suivi, contrôles, audits, participation de la société civile, implication des communautés locales.
- Un engagement clair pour l’environnement et le développement durable, pour éviter les dégâts écologiques et sociaux.
La transformation locale du manganèse et des minerais gabonais est un pari audacieux mais potentiellement déterminant pour l’avenir économique du pays. Si le Gabon parvient à mobiliser les bons acteurs, les financements, la volonté politique et des normes claires, cette stratégie pourrait marquer le début d’une véritable diversification et modernisation de l’économie nationale. Mais sans rigueur, sans transparence, sans vision long terme il y a un risque réel que le projet reste au stade d’intention.



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