
Au Gabon, la terre n’est pas seulement un espace économique. Elle est un héritage, un marqueur d’identité, un lien entre les générations. Pourtant, ce rapport profond est de plus en plus fragilisé par des usages concurrents, souvent décidés loin des communautés concernées.
Dans le Haut-Ogooué, l’exploitation minière a profondément modifié le paysage. Des zones autrefois cultivées sont devenues inaccessibles. Les populations observent la transformation de leur environnement avec ambivalence. D’un côté, l’activité économique. De l’autre, la perte progressive de terres agricoles et de repères.
Dans l’Ogooué-Lolo, la forêt reste une ressource vitale. Elle nourrit, soigne, protège. Mais elle est aussi exploitée, parfois sans concertation réelle. Les communautés locales parlent de forêts qu’elles ne reconnaissent plus, de zones interdites là où leurs parents chassaient et cueillaient.
La question foncière est au cœur des tensions. Beaucoup de Gabonais n’ont pas de titres formels sur des terres occupées depuis des générations. Cette insécurité juridique expose les villages à des expropriations, parfois légales, souvent mal comprises. La terre passe de main en main, sans que ceux qui y vivent aient leur mot à dire.
À Mayumba, la protection de l’environnement crée aussi des contraintes. Les aires protégées limitent certaines activités traditionnelles. Si la conservation est nécessaire, son application est parfois perçue comme brutale. Les populations demandent à être associées, pas seulement réglementées.
Les jeunes entretiennent un rapport ambivalent à la terre. Certains la voient comme un refuge possible face au chômage urbain. D’autres la perçoivent comme un héritage lourd, synonyme de travail pénible et de faible rentabilité. Sans accompagnement, la transmission se rompt.
Le discours sur le développement durable peine à toucher le terrain. Il reste technique, institutionnel. Or, pour les communautés, la durabilité est d’abord une question de survie : préserver ce qui nourrit aujourd’hui sans compromettre demain.
La terre gabonaise est riche, mais cette richesse n’est pas toujours partagée équitablement. Entre exploitation, conservation et usage local, l’équilibre est fragile. Ce qui est en jeu dépasse l’économie. Il s’agit de savoir qui décide, qui bénéficie, et qui porte les conséquences des choix faits.



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