Depuis fin 2024-2025, le secteur pétrolier gabonais traverse une forte turbulence sociale. Le syndicat ONEP (Organisation nationale des employés du pétrole) a multiplié les menaces de grève, dénonçant des violations répétées du droit du travail, la mise à disposition massive de main-d’œuvre étrangère, des retards de paiements, des conditions de travail dégradées et, plus largement, des pratiques jugées injustes dans un secteur pourtant vital pour l’économie du pays.
Alors que la production pétrolière est un levier essentiel des recettes pour les exportations, le budget national, les financements publics un blocage prolongé représente une menace grave pour la stabilité économique du Gabon.
Chronologie des tensions
Le 5 septembre 2025, l’ONEP adresse une lettre aux ministres du Pétrole et du Travail, alertant sur des « violations graves » des lois gabonaises relatives au travail sur les sites pétroliers : recours abusif à l’intérim, non-respect du Code du travail, détérioration des conditions de vie et de sécurité, travail de travailleurs étrangers sans garanties.
Dans la lettre, l’ONEP annonce une “grève imminente” si les autorités ne prennent pas des mesures rapides.
Face à la pression, les ministres du Pétrole, Sosthène Nguéma Nguéma, et du Travail, Patrick Barbera Isaac, convoquent le syndicat pour négocier.
Le 11 septembre 2025, un accord est annoncé : l’État et les opérateurs s’engagent à stabiliser l’emploi, réduire le recours aux intérimaires, garantir une meilleure gestion des ressources humaines, et limiter la main-d’œuvre étrangère via un plan d’action à mettre en œuvre d’ici la fin décembre.
Ce que prévoit l’accord et les limites
L’accord prévoit des engagements concrets : stabilisation des emplois, priorité donnée aux travailleurs gabonais, amélioration des conditions de travail, contrôle du recours à l’intérim et régularisation des contrats.
Mais plusieurs questions restent ouvertes :
Comment sera assurée la mise en œuvre effective de l’accord, dans un secteur marqué par des contrats de sous-traitance, des prestataires externes, des intérimaires et des travailleurs étrangers ?
Quelles garanties pour le respect des délais les engagements doivent être réalisés d’ici fin décembre ? Mais sans mécanisme public transparent, la crainte d’un nouveau dérapage subsiste.
Quel sera l’impact sur la production pétrolière, les revenus de l’État, les recettes d’exportation, si des perturbations se poursuivent ?
Risques économiques et impact national
Le secteur pétrolier représente une part essentielle des exportations et des revenus d’État. Un arrêt prolongé, ou une production fortement ralentie, pourrait mettre en danger :
- Les recettes d’État, nécessaires au budget, au paiement des salaires, aux investissements publics ;
- La balance commerciale et la capacité à financer les importations ;
- La confiance des investisseurs étrangers dans un contexte déjà marqué par des tensions internationales et des demandes de diversification économique.
De plus, la menace d’instabilité sociale pourrait s’étendre à d’autres secteurs, affecter l’emploi, accroître la précarité, et fragiliser le climat des affaires.
Enjeux de gouvernance et de légalisation
Ce conflit met en lumière un aspect central : la gouvernance du secteur pétrolier. Il souligne l’importance de :
- L’application stricte du Code de travail, de la loi sur l’emploi et le travail, notamment quand des prestataires ou des intermédiaires sont employés ;
- La régularisation des contrats, la transparence des entreprises prestataires, le suivi indépendant des engagements sociaux ;
- Un dialogue social structuré et permanent, avec des syndicats légitimes, des autorités attentives, et la garantie des droits des travailleurs.
- Pour l’État gabonais, c’est un test d’équilibre : entre protection de l’investissement, maintien de la production, et respect des droits sociaux.
Pourquoi c’est un tournant
Le récent accord entre l’ONEP et les ministères concernés constitue une avancée mais fragile. Si l’application est effective, il pourrait restaurer un climat social acceptable, rendre le secteur plus stable et légitime, et rassurer l’économie. En revanche, un faux pas ou des promesses non tenues risquent de relancer la crise, avec des conséquences graves pour l’ensemble du pays.
Le Gabon doit donc tirer les leçons : ce type de crise ne concerne pas que les travailleurs il touche l’économie nationale, la crédibilité de l’État, la perception des partenaires étrangers.
La période 2025 a mis en lumière la fragilité du secteur pétrolier gabonais non seulement sur le plan économique, mais aussi social et institutionnel. L’accord signé entre l’État et l’ONEP offre une lueur d’espoir, mais le véritable défi sera dans l’application concrète. Si le gouvernement et les opérateurs respectent leurs engagements, le pays peut éviter un arrêt catastrophique. Sinon les menaces qui planaient ces derniers mois pourraient bien ressurgir, plus graves encore.



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