
Le bâtiment du Secrétariat général du gouvernement a connu, cette semaine, une animation inhabituelle. À tour de rôle, plusieurs organisations syndicales ont été reçues par le secrétaire général du gouvernement, Abdu Razzaq Guy Kambogo, dans un contexte marqué par une multiplication des tensions sociales au sein de l’administration publique. Ces rencontres, présentées comme une relance du dialogue social, traduisent surtout l’urgence ressentie par les autorités face à une colère devenue difficile à contenir.
Depuis plusieurs mois, les revendications syndicales se multiplient, touchant aussi bien l’Éducation nationale que la Santé, les Finances ou encore les administrations territoriales. Derrière la diversité des secteurs concernés, les doléances se ressemblent : retards de paiement, situations administratives bloquées, absence de perspectives de carrière et conditions de travail jugées de plus en plus précaires.
Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais d’éviter une convergence des luttes susceptible de paralyser durablement l’appareil d’État. C’est dans cette optique que le Secrétariat général du gouvernement a décidé d’ouvrir un cadre de discussions plus large, en recevant les syndicats les uns après les autres. Une manière de désamorcer les tensions, mais aussi de prendre la mesure de l’ampleur du malaise.
Lors des échanges, les représentants syndicaux n’ont pas mâché leurs mots. Ils ont dressé un tableau sombre de la situation sociale dans la Fonction publique, dénonçant une gestion jugée approximative des ressources humaines et un manque de considération pour les agents. Certains ont rappelé que de nombreuses revendications datent de plus de dix ans, sans qu’aucune solution durable n’ait été apportée.
Du côté du gouvernement, le discours se veut rassurant. Les autorités affirment être conscientes des difficultés et insistent sur la nécessité d’un dialogue franc et responsable. Abdu Razzaq Guy Kambogo a notamment évoqué la mise en place prochaine de cadres de concertation sectoriels, destinés à traiter les problèmes spécifiques à chaque administration. Une approche qui vise à éviter les réponses globales, souvent jugées inadaptées.
Parmi les sujets les plus sensibles figure celui de la solde. Plusieurs syndicats dénoncent des irrégularités persistantes dans le paiement des salaires, ainsi que des erreurs récurrentes dans le calcul des droits. Le gouvernement assure que des audits sont en cours afin d’assainir le fichier de la solde et d’identifier les sources de ces dysfonctionnements, mais sur le terrain, les agents peinent à percevoir les effets concrets de ces annonces.
La question des commissions administratives paritaires a également été abordée. Longtemps considérées comme des instances clés de la gestion des carrières, ces commissions sont aujourd’hui en sommeil dans plusieurs ministères. Leur réactivation est perçue par les syndicats comme un préalable indispensable à toute amélioration durable du climat social.
Malgré l’ouverture affichée par le gouvernement, la méfiance reste palpable. Plusieurs responsables syndicaux estiment que ces rencontres relèvent davantage d’une stratégie d’apaisement que d’une réelle volonté de réforme. Certains n’excluent pas de recourir à des actions coordonnées si les discussions n’aboutissent pas rapidement à des résultats tangibles.
Dans les coulisses, des arbitrages budgétaires complexes se préparent. Les marges de manœuvre de l’État sont limitées, et chaque engagement financier doit être soigneusement évalué. Cette contrainte alimente les tensions, car elle réduit la capacité du gouvernement à répondre rapidement aux attentes exprimées.
Pour de nombreux observateurs, la relance du dialogue social constitue un passage obligé, mais insuffisant à lui seul. Tant que les problèmes structurels de gestion administrative et de gouvernance ne seront pas traités en profondeur, les crises risquent de se répéter. Le gouvernement joue ainsi une partie délicate, où chaque faux pas pourrait raviver une contestation déjà bien enracinée.



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