
L’inscription du Mvet Oyeng au patrimoine culturel immatériel de l’humanité marque un jalon significatif pour la préservation et la valorisation des traditions culturelles gabonaises. Cette reconnaissance, obtenue à l’issue de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, se distingue par son caractère profondément enraciné dans les pratiques des communautés Ekang, présentes au Gabon, au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Congo et à Sao-Tomé-et-Principe.
Le Mvet Oyeng n’est pas simplement une forme musicale : il représente un art complexe combinant narration, poésie, musique et rituel. Il joue un rôle fondamental dans la transmission des savoirs, des valeurs sociales, des récits fondateurs et des leçons de vie, reliant les générations et renforçant l’identité collective. Cette forme artistique, portée par des générations d’initiés, constitue un vecteur essentiel de mémoire, de connaissance du monde et d’harmonie sociale. La décision de l’UNESCO reconnaît non seulement l’originalité de cet héritage, mais aussi son rôle continu dans le tissu culturel des sociétés concernées.
Au Gabon, l’inscription a été accueillie avec enthousiasme par des artistes, des acteurs culturels et des membres des communautés Ekang. Cette reconnaissance internationale offre une plateforme accrue pour promouvoir le Mvet Oyeng dans les programmes éducatifs, culturels et artistiques, tant au niveau national qu’à l’étranger. Elle donne également un nouvel élan aux efforts de protection des langues et des traditions locales, souvent menacées par la mondialisation et l’uniformisation culturelle.
L’impact de cette inscription se fait sentir à plusieurs niveaux. Du point de vue culturel, elle renforce la fierté identitaire des jeunes générations, souvent détachées des formes traditionnelles face à l’attrait des cultures mondialisées. En donnant au Mvet Oyeng une reconnaissance officielle, le Gabon encourage les jeunes artistes à s’approprier ces pratiques et à les adapter dans des expressions contemporaines, tout en respectant leur essence originelle.
Sur le plan économique, cette inscription peut contribuer à dynamiser les secteurs culturels créatifs. Le tourisme culturel, par exemple, peut bénéficier de nouvelles opportunités autour de festivals, d’événements musicaux et de programmes d’apprentissage du Mvet Oyeng. Les artistes et maîtres traditionnels pourraient trouver des débouchés élargis, non seulement sur la scène locale, mais aussi dans les échanges internationaux.
Pour assurer la pérennité de cette tradition, plusieurs défis demeurent. Il est crucial que les politiques éducatives et culturelles intègrent des dispositifs de formation en musique traditionnelle, en langues locales et en patrimoine immatériel. Une collaboration étroite entre les institutions publiques, les associations culturelles et les communautés locales est indispensable pour élaborer des programmes de transmission adaptés. De même, la documentation et l’archivage des savoir-faire constituent des étapes essentielles pour une sauvegarde durable.
L’inscription du Mvet Oyeng illustre aussi une tendance globale : la valorisation des savoirs traditionnels comme composante essentielle du développement durable. Dans un monde confronté aux défis de l’uniformisation culturelle, de la perte de biodiversité linguistique et de l’invisibilisation de certaines formes de connaissances, des mesures comme celle-ci contribuent à renforcer la diversité culturelle mondiale.
Ainsi, cette reconnaissance par l’UNESCO ouvre des perspectives nouvelles pour le Gabon et pour l’Afrique centrale en général. Elle met en lumière l’importance de concilier modernité et tradition, en reconnaissant que les pratiques ancestrales peuvent enrichir profondément la vie culturelle, éducative et sociale des sociétés contemporaines.



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