Le 25 et 26 novembre 2025 s’est tenu à Libreville un symposium international organisé par CIFOR‑ICRAF dans le cadre de son programme RESSAC Recherche appliquée en écologie et en sciences sociales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale.
Un contexte forestier prioritaire
Le Gabon, dont près de 88 % du territoire est couvert de forêts, possède un patrimoine naturel essentiel tant pour la biodiversité, le climat que pour le développement. Toutefois, l’exploitation forestière traditionnelle, la demande internationale de bois, la faible transformation locale et les pressions environnementales mettent en danger ce capital. Le défi est de taille : transformer ce patrimoine forestier en levier de développement, tout en préservant les écosystèmes et en garantissant des retombées sociales durables.
Le programme RESSAC apparaît ainsi comme une réponse structurée à ces enjeux alliant recherche scientifique, politique forestière, développement local et durabilité.
Objectifs et logique de RESSAC
Depuis 2022, RESSAC a mobilisé des post-doctorants, des étudiants de Master, des institutions académiques, des administrations forestières et des partenaires privés pour produire des recherches contextualisées sur l’écologie, la gestion des forêts et les dynamiques socioculturelles des communautés locales.
Le symposium de novembre 2025 visait à :
- Présenter les résultats des recherches récentes sur la biodiversité, le rôle des forêts dans la régulation climatique, les interactions humains-forêt, et les pratiques durables ;
- Favoriser un dialogue entre scientifiques, responsables politiques, acteurs privés et communautés locales pour concevoir des politiques publiques adaptées ;
- Poser les bases d’une institutionnalisation de la recherche appliquée au Gabon, via des post-doctorats, des partenariats académiques et des engagements concrets en matière de gestion forestière.
Autrement dit, RESSAC ambitionne de passer d’un modèle d’exploitation forestière traditionnelle (souvent extractif) à un modèle réfléchi, durable, fondé sur la connaissance, la participation locale et le respect de l’environnement.
Enjeux : biodiversité, climat, développement durable
Plusieurs enjeux cruciaux émergent de ces travaux :
- Préservation de la biodiversité : les forêts gabonaises abritent une richesse exceptionnelle en espèces animales et végétales. Une gestion durable participe à la conservation de cette diversité essentielle aussi bien pour l’environnement mondial que pour les communautés locales.
- Lutte contre le changement climatique : les forêts jouent un rôle de puits de carbone. Une bonne gestion forestière concilie développement économique et responsabilité climatique enjeu majeur dans un monde confronté au défi écologique.
- Développement socio-économique local : à travers la transformation locale du bois, la valorisation durable du patrimoine forestier, la création d’emplois, la formation, la recherche RESSAC peut devenir un vecteur de développement inclusif, dans les zones rurales comme urbaines.
- Cohésion entre science, politique et citoyens : le dialogue instauré entre chercheurs, autorités et populations permet de construire des politiques forestières transparentes, légitimes et adaptées au contexte gabonais.
Limites et défis : de la théorie à la pratique
Cependant, plusieurs défis demeurent pour que les recommandations scientifiques se traduisent en changements réels :
- Capacité institutionnelle : le Gabon doit renforcer ses administrations forestières, garantir des moyens matériels et humains, et assurer un suivi rigoureux des engagements ;
- Soutien politique et financement : la recherche et l’application des résultats nécessitent des financements stables, une volonté politique et un engagement de long terme ;
- Inclusion des communautés locales : pour être efficaces et durables, les mesures doivent prendre en compte les populations vivant dans ou autour des forêts leurs usages, leurs droits, leurs traditions ;
- Traçabilité, transparence, lutte contre l’exploitation illégale : l’exploitation forestière illégale, le braconnage, la déforestation non contrôlée menacent les efforts de conservation il faut des mécanismes de contrôle efficaces et un engagement des parties prenantes.
Pourquoi ce symposium marque une étape importante
Le symposium RESSAC 2025 constitue un tournant : il traduit la volonté de passer d’une simple exploitation des ressources à une gestion durable, éclairée, respectueuse de l’environnement et consciente des enjeux sociaux et climatiques. Il jette les bases d’une dynamique ambitieuse où science, politique et société se rencontrent pour définir un avenir forestier responsable au Gabon.
Pour les décideurs, les partenaires internationaux, les chercheurs, les citoyens c’est une occasion unique de s’engager dans un projet de long terme, de refonder le rapport au patrimoine forestier, et d’imaginer un modèle de développement qui ne sacrifie pas l’environnement au profit du profit.
Avec RESSAC, le Gabon a l’opportunité de montrer qu’on peut concilier forêt richesse naturelle et développement durable. Si les engagements pris sont respectés, si les résultats de la recherche sont appliqués avec transparence et responsabilité, alors ce pays pourrait devenir un modèle en Afrique centrale pour une gestion forestière équilibrée, durable et inclusive. Mais le défi reste grand et l’enjeu, collectif.




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