Depuis plusieurs mois, la société d’électricité et d’eau du Gabon, SEEG, est au centre des critiques : coupures fréquentes, délestages, vétusté des infrastructures, scandales liés à des compteurs frauduleux ou des détournements, mauvaise qualité du service… À l’approche de la tentative de relance des services publics, une réforme voire une scission de la SEEG est à l’étude.
Un contexte de crise persistante
Les populations gabonaises en particulier à Libreville vivent régulièrement des coupures d’électricité, des interruptions d’eau, des pannes récurrentes, des factures irrégulières. Cette situation pèse sur le quotidien, l’économie, et alimente un mécontentement croissant. Le secteur souffre de dettes importantes, d’un parc d’équipements vieillissant, d’un manque d’investissements, et d’un déficit de confiance.
Cette dégradation a parfois été dénoncée comme un des éléments fragilisant la transition politique et économique du pays. Dans un pays où l’accès régulier à l’eau et à l’électricité est essentiel, l’État et les citoyens expriment de plus en plus la nécessité d’un changement profond.
Vers une scission ou une refonte de l’entreprise
Face aux critiques, des voix au sein du gouvernement, de l’administration, de la société civile évoquent la possibilité de scinder la SEEG en entités distinctes : eau, électricité, éventuellement distribution vs production/maintenance, afin de rendre la gestion plus claire, plus efficiente, plus transparente.
L’idée : sortir d’un modèle unique, souvent opaque, pour entrer dans un système modulaire, avec des responsabilités précises, des comptes séparés, des contrôles adaptés, une gouvernance modernisée.
Ce modèle pourrait faciliter :
- La modernisation des infrastructures (groupes électrogènes, centrales, réseaux) ;
- L’investissement ciblé sur la production, la distribution, la maintenance ;
- La transparence dans la facturation, les achats, les travaux ;
- La responsabilité claire des acteurs qu’ils soient publics, privés ou partenariats.
Enjeux pour les usagers et pour l’État
Pour les usagers, une réforme de la SEEG pourrait signifier :
- Moins de coupures, des services plus fiables d’électricité et d’eau ;
- Des factures plus justes, plus transparentes ;
- Un accès plus équitable selon les quartiers, notamment les zones périphériques et informelles ;
- Un service public repensé, efficace, moderne.
Pour l’État et pour le développement national, c’est une question de crédibilité, de qualité de vie, d’attractivité pour les investisseurs, de confiance internationale. Un service public performant est un signal fort de stabilité, d’engagement, de capacité de gestion.
Obstacles & conditions de succès
Mais transformer la SEEG ou la scinder ne va pas sans défis :
- Besoin d’investissements massifs pour moderniser les infrastructures, remplacer le matériel vétuste, rénover les réseaux, assurer maintenance et sécurité ;
- Nécessité de redéfinir un cadre réglementaire, des contrats, de la gouvernance, avec des garanties de transparence, de contrôle, de redevabilité ;
- Gestion du personnel : qu’adviendra-t-il des employés actuels ? Comment assurer continuité du service pendant la transition ? Comment éviter des ruptures brusques ?
- Acceptation sociale et politique : les populations doivent comprendre, adhérer, et percevoir les bénéfices rapidement pour que la réforme ait du sens ; l’État doit accepter de faire des choix parfois difficiles.
Pourquoi la réforme est urgente
Dans un Gabon en pleine mutation économique, politique, sociale la question des services publics est fondamentale. Sans eau fiable, sans électricité stable, les ambitions d’industrialisation, de diversification économique, d’attractivité des investisseurs, de développement local, sont fragiles. Une réforme de la SEEG ne relève pas d’un confort : elle est structurante.
C’est aussi un enjeu de justice sociale : assurer un accès équitable à des services de base pour tous, quels que soient le quartier, le niveau de revenu, la position sociale.
Le débat sur la réforme de la SEEG marque un tournant potentiel pour les services publics gabonais. Si l’État adopte une approche sérieuse scission, modernisation, transparence, gouvernance le Gabon pourrait obtenir un service public digne de ce nom, capable de soutenir ses ambitions de développement. Sinon, le risque est de rester en marge, avec un service défaillant, un mécontentement accru et des opportunités manquées



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