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Le poids de la dette : un fardeau croissant

Évolution récente

Depuis plusieurs années, le Gabon a vu son endettement public augmenter de manière significative. L’État emprunte à la fois sur les marchés internationaux et auprès de prêteurs bilatéraux, notamment dans le cadre de projets de développement. La dette représente désormais une part importante du produit intérieur brut (PIB).

Selon les données de la Banque mondiale et d’autres institutions financières, cette stratégie d’emprunt a permis au Gabon de financer des infrastructures, mais elle a aussi accru sa vulnérabilité face aux chocs externes, notamment la baisse des prix du pétrole.

Risques associés

Les principaux risques liés à un endettement élevé sont bien réels :

  • Le service de la dette (intérêts + principal) grève le budget ;
  • La dépendance aux capitaux étrangers expose le Gabon aux aléas des marchés financiers ;

Les conditions de prêt peuvent imposer des contraintes sur les politiques publiques.

Un expert de la finance publique gabonaise que nous avons consulté, sous couvert d’anonymat, alerte : « Nous ne pouvons plus compter uniquement sur le pétrole pour rembourser nos emprunts. Il faut diversifier, mais rapidement .»

Diversification : vers un nouveau modèle économique

Face à cette situation, le Gabon a décidé de repenser son modèle de croissance. Plusieurs axes de diversification sont désormais au cœur de la stratégie nationale.

L’écotourisme comme moteur de croissance

Le potentiel touristique du Gabon, avec ses forêts primaires, ses parcs nationaux et sa biodiversité unique, est immense mais encore sous-exploité. Le gouvernement ambitionne de transformer le pays en destination écologique de référence, en multipliant les infrastructures (lodges, routes d’accès), en formant des guides locaux et en promouvant un tourisme durable.

Un tel développement pourrait générer des revenus nouveaux, créer des emplois locaux, et réduire la pression sur les ressources naturelles.

Les crédits carbone

Comme évoqué dans l’article précédent, le Gabon se positionne sur les marchés du carbone. La valorisation de ses forêts comme puits de carbone peut devenir une source de revenus récurrents à condition d’obtenir des certifications crédibles et d’assurer une gestion rigoureuse.

Ces crédits carbone, vendus à des entreprises ou à des États soucieux de compenser leurs émissions, pourraient représenter une véritable révolution financière.

Le secteur des ressources renouvelables

Au-delà de l’environnement, le Gabon explore d’autres secteurs comme les énergies renouvelables (hydroélectrique, solaire), l’agriculture durable et les industries forestières transformées. L’objectif est de réduire la dépendance aux exportations de pétrole tout en créant des chaînes de valeur locales.

Partenariats stratégiques pour alléger le fardeau

Pour réussir cette transition, le Gabon ne peut pas agir seul. Il mise donc sur des partenariats avec des institutions financières internationales, des donateurs bilatéraux, des entreprises privées et des organisations non gouvernementales.

Financement multilatéral et bilatéral

Des institutions comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale ou des agences de développement européennes sont sollicitées pour soutenir des projets de diversification. Le Gabon cherche des prêts concessionnels, des subventions et des cofinancements.

Partenariats public-privé (PPP)

Les PPP sont au cœur de la stratégie pour construire des infrastructures touristiques, des centrales solaires ou des unités de transformation du bois. Le gouvernement offre des incitations fiscales et des garanties pour attirer les investisseurs privés.

 

Collaboration avec des ONG et des initiatives climatiques

Les ONG environnementales et les initiatives globales de lutte contre le changement climatique (comme les fonds pour la forêt) jouent un rôle clé. Grâce à l’accord “Project Finance for Permanence” notamment, le Gabon peut mobiliser des ressources importantes en échange de résultats tangibles en matière de conservation.

Les défis structurels : gouvernance, transparence, capacité locale

Mettre en œuvre cette stratégie ambitieuse ne sera pas facile. Plusieurs obstacles structurels pourraient freiner les progrès.

Capacité administrative

L’absorption des financements extérieurs nécessite des institutions fortes. Le Gabon doit renforcer les capacités de ses ministères, des agences environnementales, des collectivités locales et des acteurs privés pour gérer efficacement les projets.

Transparence et redevabilité

Le risque de détournement de fonds, de corruption ou de mauvaise allocation existe. Pour rassurer les bailleurs, le Gabon doit mettre en place des systèmes robustes de suivi, de reporting et d’audit. Sans cela, les financements risquent de ne pas générer les résultats attendus.

Inclusion des communautés locales

Les habitants des zones rurales, souvent les premiers concernés par les projets de conservation ou d’infrastructure, doivent être réellement impliqués. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des subventions, mais de créer des opportunités durables (emplois, co-gestion des projets, participation aux décisions).

Volatilité des marchés

Les marchés du carbone, comme tout marché financier, peuvent être instables. Les prix peuvent varier selon la demande, les régulations et la concurrence. Le Gabon doit donc être prudent dans ses projections de revenus et ne pas construire sa stratégie sur des hypothèses trop optimistes.

Scénarios d’avenir : opportunités et risques

Scénario optimiste : un Gabon vert et prospère

Dans ce scénario, la diversification fonctionne :

  • les revenus du tourisme explosent ;
  • les crédits carbone sont bien commercialisés ;
  • les PPP contribuent à construire des infrastructures durables.

    Les communautés locales bénéficient vraiment des retombées économiques.

Résultat : le Gabon parvient à réduire sa dépendance au pétrole, à stabiliser sa dette et à développer un modèle de croissance résilient et durable.

Scénario modéré : des avancées mais un chemin semé d’embûches

Ici, certains projets réussissent par exemple en écotourisme , mais les revenus carbone restent volatils. Les institutions progressent lentement. Le Gabon continue de dépendre partiellement du pétrole, et doit jongler entre investissements et remboursement de la dette.

Scénario pessimiste : un échec diplomatique ou financier

Les fonds ne se matérialisent pas, la gouvernance est faible, les PPP n’attirent pas d’investisseurs sérieux. Dans ce cas, la dette pourrait s’alourdir sans que la diversification ne décolle, menaçant la stabilité macroéconomique du pays.

Témoignages sur le terrain

Un entrepreneur local dans le tourisme : “Je suis enthousiaste : j’ai déjà des idées pour construire un lodge écologique dans le parc national de Loango. Mais j’ai besoin d’un financement solide, pas juste des promesses.”

Un guide forestier : “Si le Gabon réussit à protéger ses forêts, mon travail aura plus de sens. Mais je veux aussi que ma communauté y gagne, pas seulement des investisseurs étrangers.”

Un expert en finances publiques : “La dette du Gabon est un levier, mais aussi une épée à double tranchant. La clef sera la planification, la transparence et des marges de manœuvre.”

Recommandations pour un avenir durable

Pour maximiser les chances de succès, voici quelques orientations possibles :

  • Renforcer les institutions : Améliorer la capacité administrative et technique des agences impliquées dans les projets de diversification.
  • Instaurer des mécanismes de suivi rigoureux : Mettre en place des audits, des reportings publics et des systèmes de contrôle transparents.
  • Favoriser l’inclusion locale : Associer les communautés à toutes les étapes planification, mise en œuvre, suivi.
  • Construire des partenariats stratégiques : Continuer à mobiliser les bailleurs multilatéraux, les investisseurs privés et les ONG.
  • Gérer les risques financiers : Adopter des scénarios prudents pour les revenus carbone, diversifier les sources de revenus pour limiter les chocs.

La stratégie du Gabon pour affronter sa dette tout en diversifiant son modèle économique est ambitieuse, mais elle n’est pas irréaliste. En misant sur l’écotourisme, les crédits carbone et des partenariats stratégiques, le pays pourrait transformer son “paradis vert” en une machine de développement durable.

Cependant, les défis sont nombreux : gouvernance, transparence, inclusion locale, volatilité des marchés. Le succès dépendra largement de la capacité du gouvernement à mettre en place des institutions solides et à faire participer les populations aux décisions.

Pour le Gabon, l’histoire est en train de s’écrire : celle d’un pays qui veut être à la fois gardien de la forêt et acteur d’une croissance nouvelle. Si ce pari est relevé, il pourrait servir de modèle pour toute la région du Bassin du Congo.

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